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avr

JOURNAL DE LA DIVA – CHAPITRE 5

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Automne 2008

Des mélodies pleuvent au rythme des feuilles qui tombent sur le jardin de Château en ce mois d’octobre, mais les mots se font rares. On manque d’abandonner en chemin des compos qui me transportent car les deux Fred ne veulent que des thèmes forts et des mots hors du commun. « Pas question de faire un album de variété pour une chanteuse à voix », quelle ironie ! C’est le leitmotiv qu’ils se balancent les uns autres. Et ça me fait rire, j’ai l’impression d’être un building en pleine rénovation. De l’autre côté, eux les auteurs ne lâchent pas l’affaire. Ils sont très impliqués sur cet album et ça me touche, ça me touche beaucoup. Quand on pense que… Thierry par exemple pensait que tout ça ne serait qu’une récréation. Et puis on me dit qu’il me faut de jolis bijoux sur lesquels ma voix n’aura pas à en faire des tonnes…
C’est ce que me dit Pierre-Yves à plusieurs reprises. Il n’aime que lorsque je chante simplement, sans ce vibrato qui amplifie le drame, sans artifice quoi. « Tu sais, tu mets peut-être des vibes là où les mots te mettent mal à l’aise, comme pour les déformer ou ne pas les entendre ? T’as déjà pensé à ça ? », me dit-il un jour. L’entendre de sa bouche ne me vexe pas bizarrement. Pierre-Yves a peut-être raison après tout. Alors on vit tous les mots à sa façon. Et Château, lui, prend toujours des gants pour me dire les choses qui ne vont pas, et puis finalement plus on se connaît, plus on se moque de cette chanteuse que j’invente quand je suis mal à l’aise en fait.

Cet album est une expérience étonnante quand même. Un an auparavant dans les coulisses des Enfoirés (enfin ou plutôt dans un couloir d’hôtel, passablement éméchés pendant la semaine des Restos en fait en sortant d’un concert), on avait parlé du « lâcher prise ». J’avais parlé de ça avec Frédéric Delliaux, bien avant qu’on commence à travailler ensemble. Et aujourd’hui un an plus tard je me dis que c’est probablement ce que je suis en train de vivre, là tout de suite, à cet instant. Pour la première fois en dix ans, je me dis que je n’écrirai pas, je ne composerai pas sur cet album. Je vais me laisser porter par la vague, la sensation est grisante …

Montmorency, 28 octobre 2008

Les jours ont raccourci. Aujourd’hui je m’attaque à « Ma douleur », une autre perle de Pierre-Yves Lebert. Ce texte me fait flipper. Comment chanter ces mots quand on a toujours l’impression que les bobos, les atteintes, les douleurs du cœur sont une fatalité et qu’ils ne servent à rien sinon qu’à nous consommer petit à petit ? « Le bonheur est à tout le monde, ce cheval c’est le mien. Le bonheur est à tout le monde ma douleur m’appartient » et bah voilà…
Alors comment mêler la joie aux choses qui font mal, en acceptant l’idée que c’est un tout. Dans ma vie où le gris n’est pourtant pas total, la lumière se fait difficilement. Et pourtant la chanson dit « Ma douleur est un menteur ». Alors à moi de lui donner la place qu’elle mérite pour ne plus qu’elle m’handicape. « Ma douleur est un menteur » d’accord… et « Ma douleur est mon moteur ». Je crois que c’est cette phrase qui va tout déclencher. Alors oui pudeur est nécessaire pour laisser la place aux mots de Pierre-Yves et le recul, est inévitable pour laisser la mélodie de Château prendre son envol. Tous les deux ont réussi le pari, à moi de trouver ma place là dedans. « Ma douleur » est une chanson sur laquelle je suis sûre que les cœurs peuvent s’arrêter. Parce qu’elle est réelle, il y a ceux qui s’arrêteront fugitivement, parce qu’ils ne sont pas tout à fait en accord avec eux-mêmes et puis il y a ceux qui s’y arrêteront longuement pour en respirer l’extrême poésie, la mélancolie, l’espoir subtil qu’elle dégage. Moi je suis à mi-chemin et là j’ai envie…..

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